Maman, tu as élevé un roi…

OK, je vais avoir l’air de m’en prendre aux mamans. Je veux que tu saches d’entrée de jeu que c’est fait avec amour, avec respect, et avec les quelques centaines d’heures que j’ai passées à asseoir des couples dans mon bureau.

Parce que ce que je vois souvent, ce n’est pas une blonde exigeante et un chum de mauvaise volonté.

C’est un homme qui n’a jamais eu à apprendre à se gérer — parce que quelqu’un l’a toujours fait pour lui.

Et ce quelqu’un-là, ben… c’était souvent sa maman.

La maman qui aime trop bien

Ça part d’un bon sentiment, je le sais. L’amour maternel, c’est quelque chose de puissant. Et une maman qui veut le meilleur pour son fils, qui veut lui éviter la douleur, qui veut qu’il soit heureux — c’est beau. C’est touchant.

Mais quand cet amour-là se traduit par :

  • « Laisse faire, je vais le faire à ta place »;
  • « T’as pas à t’excuser, c’était pas de ta faute »;
  • « Ta blonde est trop sensible »;
  • Ramasser ses bobettes jusqu’à ses 22 ans;
  • Prendre son bord systématiquement dans chaque conflit de couple.

…là, on est en train d’élever un homme qui va être très difficile à aimer.

Pas parce qu’il est méchant. Parce qu’il n’a jamais appris que les autres ont des besoins aussi.

Ce que ça donne en couple, concrètement

Le fils-prince, une fois en relation, ça ressemble souvent à ça :

Il attend qu’on devine. Il n’a jamais eu à nommer ses besoins — maman les anticipait. Alors il s’attend (inconsciemment) à ce que sa blonde fasse pareil. Quand elle ne devine pas, il boude ou il se ferme. Elle, elle se demande ce qu’elle a encore fait de pas correct.

Il gère mal l’inconfort. Un conflit, une critique, une demande — c’est vécu comme une attaque. Parce qu’à la maison, quand il était petit, tout le monde s’ajustait à lui. Le désaccord, c’était rare. La frustration, on la calmait vite.

Il a du mal à prendre sa place de partenaire égal. Décider le souper, gérer une logistique, penser à acheter un cadeau pour la belle-famille — ça ne l’effleure pas toujours. Pas parce qu’il s’en fout, mais parce que dans son modèle intérieur, quelqu’un d’autre s’occupe de ça.

Et sa blonde, elle ? Elle finit par s’épuiser. Elle prend toute la charge mentale. Elle devient la gestionnaire du couple. Elle ressemble de plus en plus à… une mère.

Ironie cruelle.

chloé forbes method coach couple parent

Le piège de la culpabilisation

Facile, là, de dire « c’est la faute de la mère. »  Mais ce n’est pas aussi simple que ça, et ce n’est pas utile non plus.

Les mamans qui surprotègent leurs fils le font rarement par calcul. Elles le font parce que :

  • C’est comme ça qu’elles ont été aimées;
  • La société leur a dit que leur valeur, c’est dans le soin aux autres;
  • Elles comblent parfois un vide dans leur propre relation de couple en surinvestissant dans leur fils;
  • Personne ne leur a jamais dit que de trop protéger, ça peut faire du mal.

Ce n’est pas un procès. C’est un pattern. Et les patterns, on peut les voir, les comprendre, et décider de faire autrement.

La vraie question : qu’est-ce qu’on transmet ?

Notre génération est à un croisement intéressant. On parle plus de santé mentale, de besoins, d’émotions. On veut élever des enfants conscients.

Mais élever un garçon conscient, ça ne veut pas dire de lui éviter toute friction. Ça veut dire de lui apprendre à traverser la friction.

Un fils qu’on prépare à être un bon conjoint, c’est un fils à qui on apprend à :

  • Tolérer l’inconfort sans que quelqu’un le sauve immédiatement;
  • S’excuser pour vrai — pas « excuse-moi si t’as été blessée », mais « j’aurais pas dû dire ça, j’avais tort »;
  • Prendre soin de l’autre — parce que l’amour, ce n’est pas juste recevoir;
  • Gérer ses émotions sans les déposer sur le dos de sa partenaire;
  • Participer à la vie commune comme un adulte, pas comme un invité.
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Ça, ça s’apprend en bas âge. Et les mamans ont un rôle immense là-dedans — justement parce qu’elles sont souvent la figure centrale dans la vie du petit.

Ce que je dis aux couples en consultation

Quand je rencontre un homme qui a grandi avec ce pattern-là, mon travail n’est pas de blâmer sa mère. C’est de l’aider à voir : « OK, c’est comme ça que t’as appris que le monde fonctionnait. Pis ça marchait peut-être avec ta maman. Mais ta blonde, c’est pas ta maman — et c’est une bonne nouvelle. »

Et quand je parle aux femmes en couple avec ces hommes-là, je leur dis aussi quelque chose d’important : reproduire le pattern de la mère, ça n’aide pas. Si tu gères tout, tu anticipes tout, tu pardonnes tout sans nommer ce qui fait mal — tu deviens la nouvelle maman. Et vous êtes pris dans une dynamique qui ressemble à une relation, mais qui n’en est pas vraiment une.

Le rééquilibrage, il est possible. Il demande juste qu’on le veuille vraiment — des deux bords.

Mot de la fin

Ce billet, il n’est pas là pour que les mamans se sentent coupables. Il est là pour qu’on ait une conversation qu’on évite souvent parce qu’elle est inconfortable.

Les garçons qu’on élève aujourd’hui, ce sont les conjoints de demain. Et ils méritent qu’on les prépare à cet amour-là — pas juste à le recevoir, mais à le donner.

Si tu es en couple avec quelqu’un qui a grandi dans ce pattern-là — ou si tu te reconnais toi-même là-dedans — je suis là pour en parler.

Sans jugement. Avec des outils. 💙

Chloé Forbes, BA psyc

Intervenante en santé mentale

Coaching de couple

Fondatrice de La FORBES Method

forbesmethod.com

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